la vae est le seul sujet social consensuel

« La VAE est le seul sujet social consensuel »

Le projet de loi Marché du travail ouvre la VAE aux salariés aidants pour remédier aux difficultés de recrutement du secteur du grand âge? Est-ce une bonne chose ? Combien de personnes pourraient être potentiellement concernées ?

Il s’agit d’une excellente initiative qui pourrait viser quelques milliers de personnes. Cette expérience aux côtés d’un proche peut effectivement susciter des vocations pour devenir aide-soignant. Toute situation de vie est potentiellement une situation d‘apprentissage. L’objectif est de faire reconnaître l’expérience non professionnelle et de valoriser ainsi des compétences acquises en dehors du milieu du travail.

Or, jusqu’ici ces bénévoles n’avaient pas de statut, ils ne pouvaient apporter la preuve matérielle, administrative (certificat de travail, attestations de l’employeur) de leurs compétences.

D’ores et déjà, notre rapport, remis à la ministre du travail, le 15 mars dernier, préconisait de faire évoluer le dispositif en intégrant toutes les formes d’expérience et toutes les modalités de formation, notamment les actions de formation en situation de travail (Afest).

L’expérimentation lancée par le ministère du travail, à l’issue de notre rapport, devrait d’ailleurs confirmer le bien-fondé de cette approche. 3 000 personnes sont actuellement accompagnées vers le diplôme d’aidant-soignant.  

 On admet ici que le travail (et non uniquement l’expérience) puisse lui aussi être une voie de certification

La ministre déléguée à la formation professionnelle, Carole Grandjean, voudrait faire passer de 42 000 à 100 000 parcours de VAE d’ici à cinq ans, selon les Echos. Est-ce un objectif réaliste ?

C’est un objectif atteignable mais guère ambitieux. La France compte 40 % d’autodidactes et 20 % d’une classe d’âge qui n’atteint pas le niveau bac chaque année. Par conséquent, la marge de progression est immense. Pour y parvenir, il serait judicieux de développer une nouvelle forme de VAE via les actions de formations en situation de travail. En clair, de proposer aux « décrocheurs » ou aux demandeurs d’emploi de longue durée d’intégrer un emploi dont l’un des objectifs serait de générer une expérience diplômable. On admet ici que le travail (et non uniquement l’expérience) puisse lui aussi être une voie de certification. Il s’agit dans ce cas d’une VAE inversée, c’est-à-dire par anticipation.

Cette approche, connectée au terrain, est complémentaire des formations classiques ou par alternance. C’est actuellement une case qui manque pour que l’on puisse s’adresser à tout le monde. C’est aussi une condition pour parvenir au plein emploi faute de quoi vous n’arriverez pas à toucher les chômeurs très éloignés du marché du travail.

A condition toutefois que les entreprises jouent le jeu et encadrent ces jeunes pour que la VAE fasse dès le début partie de leur apprentissage professionnel via une logique de parcours, dans une logique de véritable « entreprise apprenante ».

Dans votre rapport, vous dénoncez le principe d’une VAE sanction, peu adaptée aux enjeux du dispositif. Que préconisez-vous ?

 Nous proposons de passer à une VAE de parcours, en accompagnant le candidat dès le départ

Actuellement, la VAE répond à un principe « sanctionnant » : elle délivre le diplôme ou ne le délivre pas. Elle ne permet pas d’anticiper les validations partielles pour orienter le candidat vers une validation totale. Elle le place dans une binarité : son expérience de vie contre le référentiel d’un diplôme. Résultat : le nombre de VAE réalisées stagne, le processus se déprécie et génère plus de 30 % de validations partielles (et près de 10 % de validations nulles), très souvent vécues comme des échecs, des dévalorisations de soi autant psychologiques que professionnelles.

Nous proposons donc de passer à une VAE de parcours, en accompagnant le candidat dès le départ (identification du projet, orientation vers le bon diplôme, part des compétences à développer par le biais d’actions en situation de travail…). Avec l’idée de passer à une reconnaissance des compétences acquises tout au long de la vie.

D’où la nécessité de créer un passeport de compétences numérique ?

Effectivement, celui-ci viserait à recenser les diplômes et savoir-faire obtenus au fil des années. Le ministère du travail planche actuellement sur le sujet, sur le modèle du réseau social Linkedin, mais gratuit et ouvert à tous.

Qu’attendez-vous de la concertation qui va s’ouvrir à l’automne avec les partenaires sociaux ? Comment les organisations patronales et syndicales se positionnent-elles ?

Pour la rédaction du rapport, nous avons auditionné de nombreuses personnes, notamment des organisations patronales et syndicales. Et une chose est sûre : la VAE est un sujet consensuel. Je pense même qu’il s’agit du seul sujet social consensuel. La concertation est donc placée sous de bons augures.

Comment est vécue cette VAE par les candidats qui décrochent un diplôme ?

La VAE apporte une reconnaissance personnelle et sociale inestimée 

C’est un bouleversement très positif. La VAE – qui permet d’acquérir un véritable diplôme, pas une copie – apporte une reconnaissance personnelle et sociale inestimée. Au-delà, la VAE permet, en raison de l’exigence de la démarche, de développer une appétence à apprendre par soi-même, d’analyser son expérience. A l’image de ce responsable comptable qui me disait : « avant j’allais voir mon manager quand je butais sur un problème, aujourd’hui je cherche la solution donc j’apprends ».

Et pour les recruteurs ?

En 20 ans, date de création du dispositif, les choses ont évolué. Les entreprises, actuellement, confrontées à des pénuries de main-d’œuvre doivent s’adapter à cette nouvelle donne. D’autant que dans de nombreux métiers, les candidats sont en position de force, c’est eux qui vont choisir leur entreprise. Même si nous restons dans un pays souffrant de diplômite aigüe…

(1) David Rivoire a créé VAE 2 Rives en 2002, société spécialisée en accompagnement VAE. 

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